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Collision en zone frontalière : exercice de coordination franco-italo-monégasque pour la lutte antipollution et d’assistance à navire en difficulté (RAMOGEPOL 2015)

16/11/2015
Collision en zone frontalière : exercice de coordination franco-italo-monégasque pour la lutte antipollution et d’assistance à navire en difficulté (RAMOGEPOL 2015)

« Exercice, exercice, exercice - Mayday, Mayday, Mayday. Je suis le commandant d’un porte-conteneurs de 334 mètres, 8.500 evp, en provenance de Gênes, à destination de Marseille. Je viens d’entrer en collision avec un navire pétrolier au Sud de Sanremo, au large des côtes italiennes. L’évaluation des dommages est en cours ».

L’exercice international RAMOGEPOL 2015 débute au matin du 9 novembre par cette annonce captée par l’opérateur du CROSS MED, rivé à la VHF canal 16. La tension monte. La pollution, déjà fictivement répandue par le pétrolier accidenté, dérive en suivant le courant liguro-provençal.

Un conteneur frigorifique tombé à la mer constitue un risque de sur-accident, s’il venait à heurter un autre navire. Les côtes italiennes, mais aussi celles des Alpes-Maritimes et de la Principauté de Monaco, sont menacées par une marée noire. Ces côtes à forte densité de population, à l’activité économique importante, des joyaux de diversité écologique, doivent être protégées par des actions rapides. Immédiatement, l’information est communiquée au préfet maritime de la Méditerranée.

Le vice-amiral d’escadre Joly active son centre de traitement des crises (CTC). Les autorités centrales françaises sont informées : secrétariat général de la mer, ministère de l’écologie, centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (COGIC). La préfecture des Alpes-Maritimes, associée à l’exercice, active un centre opérationnel au sein de la délégation à la mer et au littoral (DML).

A Monaco, siège de l’accord RAMOGE, une cellule de crise se met en place. L’accident simulé est survenu dans les eaux territoriales italiennes : ce n’est pas pour autant que la France et la Principauté ne sont pas concernées. Les côtes françaises sont à 13 nautiques (24 km).

Sans délai, le préfet maritime fait appareiller des moyens qui pourront venir en renfort aux navires antipollution italiens. L’armateur du pétrolier, saisi par les autorités italiennes, reçoit également une mise en demeure du préfet maritime de la Méditerranée de faire cesser l’atteinte à l’environnement. Le ministère italien de l’environnement active le plan RAMOGEPOL, dont il prend la coordination.

Un vaste dispositif de récupération des produits déversés (du pétrole brut iranien à destination de Gênes) se met en place, incluant les deux bâtiments de soutien, d’assistance et de dépollution (BSAD) « JASON » et « AILETTE », basés à Toulon. Un Falcon 50 de la Marine nationale est dérouté pour localiser les nappes et guider les moyens. Il sera relayé par un avion F406 POLMAR des douanes françaises. Des experts sont mobilisés : le centre d’expertise pratique de lutte antipollution (CEPPOL), le centre de documentation, de recherche et d’expérimentation sur les pollutions accidentelles des eaux (CEDRE).

La pollution se joue des frontières et traverse la délimitation maritime entre l’Italie et la France. La France (PREMAR MED) prend la coordination du dispositif. En dépit de la mobilisation des unités maritimes (près de 1.000 m3 sont récupérés la première journée) des nappes se détachent et atteignent la terre.

La préfecture des Alpes-Maritimes active son plan POLMAR Terre, fait protéger les ports et les sites les plus sensibles, et mobilise les moyens de lutte et de récupération sur le littoral. Le porte-conteneur accidenté, n’ayant pas subi de dommage structurel, est autorisé par les autorités maritimes italiennes à reprendre sa route deux heures après la collision, après la fourniture par son armateur des garanties concernant les dommages. Mais à bord, une partie de sa cargaison supporte mal les conséquences du choc.

Deux conteneurs transportant des batteries d’automobile, éventrés par le choc, laissent échapper l’acide sulfurique qu’ils contiennent. Alors que le navire est au large de Nice, la situation dégénère. Un marin du navire est évacué sous la coordination du CROSS MED, blessé par les émanations chimiques.

Les réactions chimiques qui se produisent au sein même du navire sont très dangereuses. La PREMAR MED doit faire face à la situation.

L’expertise du laboratoire de surveillance, d’analyse et d’expertise de la Marine nationale (LASEM) et celle de l’institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS) sont mobilisées. Une équipe d’évaluation et intervention de la Préfecture maritime, spécialement équipée, est envoyée à bord.

Par la suite, elle sera renforcée par une équipe du bataillon des marins-pompiers de Marseille (BMPM). Finalement sécurisé, le navire sera accueilli dans un terminal approprié du grand port maritime de Marseille (GPMM), conformément à la procédure port refuge. Cet exercice, riche d’enseignements, a permis de tester l’organisation, la coordination entre les différents dispositifs nationaux des trois pays, et la préparation des états-majors.

L’exercice s’est joué sur table, mobilisant plus de cent personnes réparties dans huit centres, cellules de crises et d’expertise. Il a permis d’augmenter le niveau de préparation opérationnelle et de réfléchir à l’optimisation des procédures prévues par le plan RAMOGEPOL.

Le retour d’expérience de cet exercice prépare le prochain rendez-vous, fixé pour l’anniversaire des 40 ans de l’accord RAMOGE : un exercice en mer, mobilisant les moyens réels, sera organisé au printemps 2016.